Toute nos emissions de carbone se valent-elles ?

  Carbone

Toutes les émissions de gaz à effet de Serre se valent elles ?

Propos introductif

C’est un fait, si nous ne réduisons pas drastiquement nos émissions de GES, le changement climatique va devenir irréversible. La planète inhabitable pour nos enfants.

Réduire nos émissions c’est réduire nos consommations directes et indirectes d’énergies fossiles. C’est faire des choix.

Et en matière de choix, ce n’est pas qu’une question scientifique. C’est aussi et surtout une question éthique. Une question de valeur.

A l’heure de la restriction, le carburant que l’on met dans une ambulance a-t-il la même valeur que le carburant d’un SUV transportant une personne seule à sa séance de sport favorite ?

Mais aussi, est il préférable de réduire sa consommation de viande, ou de ne plus prendre l’avion ?

Ces questions sont à la fois des questions relevant de la science : il faut des mesures factuelles pour connaître les impacts de nos consommations. Et aussi des questions éthiques, c’est à dire des choix de société.

Dans l’optique de définir des axes d’action pour réduire notre empreinte carbone, Il semble judicieux de distinguer les émissions selon différents actes de consommation d’une part, et ensuite de hiérarchiser ces émissions selon leurs motivations en se référant à des grilles employées dans le marketing, puisque nous parlons de consommation. C’est le cas de la pyramide de Maslow.

Pour aborder ce sujet, nous avons dans un article précédent établit l’empreinte carbone des français selon différentes sources d’information.

Nous établirons une catégorisation des actes de consommation selon les motivations de celle-ci, à partir de modèle de Maslow et de Herzberg.

Enfin, à partir de l’empreinte carbone des français, nous établirons une “pyramide de Maslow” de nos émissions de GES.

En résumé

Nous avons établi un classement de l’empreinte carbone de la consommation selon la. Pyramide Maslow.

Ce graphique a été réalisé à partir de l’empreinte carbone moyenne des français. Il met en évidence que la consommation en France est associée à l’affirmation des statuts sociaux, l’accomplissement personnel (47.8%) et marquer son appartenance à un groupe social pour 22%.

Prérequis éthique

Cet article, part du principe éthique que “nous avons l’impératif de laisser une planète vivable pour nos enfants, et ainsi de préserver le futur de l’humanité”.

Evidemment, si tel n’est pas le cas. Si nous n’avons aucun égard pour nos enfants, ni pour les jeunes humains présents et à venir, tout ceci ne tient pas.

David Hume, le disait ainsi, “tout énoncé à l’indicatif ne peut à lui seul fournir un énoncé impératif”. Autrement dit, aucun impératif moral ne peut à lui seul découler d’un constat scientifique.

Par contre, à partir d’un principe moral initial, et de constats scientifiques, il sera possible d’établir de nouveaux principes…

Posons donc tout de suite ce principe, “nous avons l’impératif de laisser une planète vivable pour nos enfants”. Nous pourrons maintenant l’utiliser tel un axiome pour la suite.

Dans un contexte où nous devons réduire notre consommation, pour réduire notre impact climatique,Il paraît légitime, de veiller à la satisfaction des vitaux de tous avant les consommations non vitales des uns ou des autres.

Dans un monde où les ressources sont finies, l’humanité, pour préserver le plus grand nombre, doit agir comme le ferait la population d’une ville assiégée : gérer les ressources pour ne pas avoir à gérer la pénurie.

Rappel de l’empreinte carbone

Définition

Le bilan des émissions nationales de gaz à effet de serre établi conformément au protocole de Kyoto, mesure chaque année, et pour chaque état les émissions des 6 principaux gaz à effet de serre. Le Bilan carbone reflète les émissions liées à la production économique d’un état.

L’empreinte carbone mesure les émissions liées à notre consommation. C’est à dire, pour l’ensemble des biens et services achetés par un consommateur, les émissions de gaz à effet de serre, induite par la production, et la mise à disposition de ceux ci pour celui-ci.

Le Budget carbone des Français.

Le budget carbone du consommateur Français s’établit autour de 11.9 t CO2 eq/personne en 2015, selon le CITEPA[1]. 60% de cette empreinte sont liés à nos importations.

Dans un article précédent, nous avons établi une méthodologie pour répartir cette empreinte selon nos différents actes de consommation.

Ce graphique, dont l’élaboration est détaillée dans un article précédent, nous informe sur le poids relatif de chaque catégorie d’actes de consommation.

Toutefois, dans chaque catégorie, nous pourrions établir des niveaux de consommation. Par exemple, le riz et le caviar sont l’un et l’autre dans la catégories alimentation. et si la consommation de l’un relève souvent “du manger pour vivre”, à l’opposé, la consommation de caviar est identifiée comme un “marqueur de luxe”.

Méthodologie

Motif de la consommation et niveau de vie

Une première approche : Maslow

Pour classer les niveaux de consommation, la pyramide de Maslow est un outil fréquemment utilisé dans le monde du marketing[2].

Abraham Maslow, dans les années 1940, propose une hiérarchisation de nos besoins et motivations : La pyramide de Maslow. Si Maslow élabore ce classement pyramidal de nos besoins, il précise aussi que, nous ne sommes pas obligés d’avoir satisfait tous nos besoins physiologiques ou de sécurité pour tenter de satisfaire nos besoins d’appartenance à un groupe, ou encore nos besoins d’accomplissement personnel.

Ce classement n’a jamais fait l’objet de démonstration scientifique. Et il présente de nombreuses limites.

Toutefois, son usage reste courant dans le monde du Marketing et de l’analyse de la consommation.

Aussi, catégoriser les dépenses selon la grille de Maslow, peut être pertinent dans la mesure où, cette grille a été très utilisée à la fin du 20eme siècle dans le marketing, et de fait, a été l’un des fondement théorique de la construction de la société de consommation.

Pour ma part, je distingue dans les besoins d’accomplissement d’une part, des besoins à visée hédoniste (se faire plaisir, profiter de la vie), d’autre part des besoins à visée eudémonique : le besoin de vivre en accord avec ses valeurs.

 

Besoins physiologiques

les besoins vitaux, de survie.
Nécessaire au maintien de l’homéostasie

  manger, se protéger des intempéries…etc..
Besoins de sécurité

 

 

 

S’assurer de la satisfaction prévisible des besoins vitaux

  Bénéficier de la sécurité sociale

Avoir un logement pour dormir
Vivre dans un pays qui respecte le droit et protège ses citoyens
Avoir un travail avec des horaires compatible avec la vie de famille.

Besoins d’appartenance

 

Les marqueurs d’identité sociale

Le respect de valeurs, de règles, d’interdits

Le conformisme

  Porter des vêtements “à la mode”, “l’uniforme des banquiers” ou “l’uniforme des anti-système”

 

Être sur les mêmes réseaux sociaux que ces amis

Aller soutenir l’équipe de la ville

Partager un repas de famille

Besoin d’estime
Les marqueurs de statut social
La reconnaissance
  Avoir une belle voiture,
Obtenir une promotion professionnelle
Avoir une rémunération d’un certain niveau
Besoin de

d’autosatisfaction

Hédonique
(se faire plaisir)
s’offrir une place de cinéma
  Eudémonique
(accomplissement)
S’engager dans une association

Notons aussi, qu’un même acte de consommation peut répondre à plusieurs niveaux de besoin.

Un repas de famille, permet de répondre à un besoin physiologique, un besoin d’appartenance, et parfois aussi d’estime, voir d’accomplissement personnel, par exemple au travers la préparation d’un plat typique…

Facteurs de motivation de Herzberg

La pyramide de Maslow, est congruente avec d’autres approches comme les facteurs de motivations de Herzberg. C’est un point de vue que développent Zeynep Ozguner, dans une revue de littérature[3].

Herzberg distingue des besoins propres à tous les êtres vivants, qu’il nomme “hygiénistes” et des besoins, propres aux humains dans la société, qu’il nomme “motivationnels”[4].

Un éthologue dirait que les besoins hygiénistes sont liés au maintien de notre homéostasie interne. Le nécessaire pour vivre, et le nécessaire pour garantir l’accès à ses besoins. Il dirait aussi que les besoins motivationnels sont liés à nos interactions sociales, et plus précisément sont des marqueurs de statut social. C’est à dire à l’expression de notre identité, que ce soit au travers de l’appartenance groupale, ou que ce soit au travers d’actes d’individuation.

Définition de clés de répartition

La répartition d’une consommation peut se faire sur les critères suivant :

  1. Les besoins “hygiénistes” de Herzberg,
    1. le coût carbone de ce qui est indispensable pour les besoins physiologiques est attribué au besoins physiologique.
    2. Également ce qui est indispensable à la sécurité est attribué à la sécurité.
  1. Ensuite, Les besoins “motivationnels” de Herzberg, c’est à dire les consommations engendrées par les besoins d’appartenance sociale, de reconnaissance et de satisfaction personnelle, la répartition est évidemment moins évidente, et surtout les motivations réelles sont variables d’un individu à un autre.
    1. Pour les besoins d’appartenance ont été retenu les consommations influencées par la mode, et le besoins de sociabilisation ( les vétements, les habitudes alimentaires),
    2. La notion de reconnaissance sociale est présente dans certains actes de consommation ostentatoires (achats de certaines marques : vêtements, voitures, Iphones),
    3. Enfin dans la notion d’auto-satisfaction et d’accomplissement personnel sont regroupé les achats liés à des consommations hédonique et eudémonique, depuis la plaquette de chocolat que l’on grignote par plaisir aux vacances aux Maldives, pour les plaisirs hédonistes.

Les besoins hygiénistes de Herzberg correspondent donc à nos actes de consommation nécessaires à notre survie, ainsi que les consommation permettant de sécuriser cette survie. Par exemple, aller au travail permet de sécuriser un revenu pour se nourrir. Nous pouvons considérer ici qu’il s’agit de consommations vitales.

Les consommations motivationnelles comportent les actes permettant d’affirmer notre identité sociale (appartenance à un groupe social), notre place ou statut dans la société (hiérarchie sociale). Nous pouvons les nommer “marqueurs de statut social”.

Certes, cette approche est réductrice. Si partir en vacances dans un pays lointain est indéniablement un marqueur de statut social[5] (les pauvres ne le peuvent pas), la motivation personnelle du voyageur pourra évidemment se définir par d’autres aspects (dépaysement, repos, rencontres..etc).

La voiture, est aussi biens de consommation marqueur de statut social[6]. Et pourtant, son usage peut être nécessaire dans la société occidentale, pour se rendre à son travail et gagner le salaire permettant de subvenir aux besoins vitaux.

Il y a donc matière à arbitrage, entre une fonction d’usage à caractère vital, et une fonction d’estime, marqueur social.

Pour opérer cet arbitrage, et classer la voiture en marqueur de statut social, il pourra selon les situations être objecté :

  • les alternatives possibles comme les transports en commun,
  • la possibilité d’une voiture plus petite et moins consommatrice,
  • ou encore, remettre en cause la nécessité de choisir un travail loin du domicile (ou l’inverse).

Catégorisations retenues

Dans notre catégorisation des actes de consommations, nous avons opté pour la méthodologie suivante :

  • Tous les éléments nécessaires à notre survie sont classés comme besoins physiologiques (alimentation, santé),
  • Tous les éléments indispensables à la préservation des besoins physiologiques, sont classés comme des besoins de sécurité ( médecines préventives, services de polices, habitation).
  • Ensuite, les consommations non basiques, donc motivationnelles, ont été réparties entre :
    • D’une part des consommations liées aux besoins de marquer son appartenance à la société ou à un groupe social,
    • Les autres consommations, que nous n’avons pas détaillées. Dans une approche basée sur la pyramide de Maslow, elle répondent soit à des besoins d’estime, soit à des besoins d’accomplissement personnel.

⇒ Dans chaque catégorie, si la satisfaction d’un besoin peut se faire avec un moyen moins émetteur de CO2, alors, c’est la variante sobre qui est retenue.

Catégorisation

   

Description de la règle

Herzberg

 

Maslow

 
Base P Physiologique répondant à des besoins physiologiques vitaux
  S Sécurité permettant d’assurer l’accès à des besoins physiologiques vitaux
Motivationnel G Appartenance au Groupe consommations marquant une appartenance groupale
  H&A Hiérarchie, statut

 

 

 

&
Accomplissement
Hedonisme, eudémonisme

besoins d’estime, et d’accomplissement,
marqueur de statut social, plaisir hédoniste, et accomplissement personnel
(obtenu par différence à partir des 3 premières catégories)

Pyramide de Maslow de notre Empreinte Carbone

Application de la clé de répartition

A partir de ces règles de répartition, les actes de consommation, recensés par famille dans l’empreinte carbone, ont été répartis en catégories motivationnelles.

Ce travail a été réalisé dans le tableau croisé ci-dessous.

Tableau d’application

 

 

Détails des règles

1 L’alcool et les sodas sont reconnus comme néfastes pour la santé. L’eau en bouteille n’est pas utile.
2 Retranchement d’une partie d’aliment non apportant de nutriments et à fort impact (café thé… etc ) ou fortement transformés. Retranchement aussi d’une part de fruits importés.

Application d’une réduction de 20% du gaspillage.

3 100 kcal de produits laitiers émettent en moyenne 297 g de CO2. La substitution de ceux-ci par des fruits et légumes (50%) et des féculents (50%), ne serait que peu avantageuse. Le ratio sera de (306*.5+46*.5)/297)=59% sur la quote part substituée.

Le PNNS recommande de conserver cette famille de produit dans l’alimentation.

Toutefois, nous retenons une baisse de consommation de 40% sur les produits laitiers
Application d’une réduction de 20% du gaspillage.

4 Selon le PNNS, il serait possible de réduire notre consommation de viandes de sans risques pour la santé. WWF propose de réduire cette consommation de 66% pour les ruminants, et 40% pour les poissons sauvages, et de conserver identique notre consommation de volaille.

Ces produits ont été remplacé par 50% fruits et légumes et 50% de féculents. soit une économie selon le ratio ((306*50%+46*50%)/505 )=35 % sur la quotepart substituée.

Application d’une réduction de 20% du gaspillage.

5 En Europe, 80% des vêtements sont jetés encore neuf ou peu usagé.
6 Nous sommes à plus de 5.5 écrans par foyer pour 2.2 personnes. Cela ne répond pas à un besoin de base. Il en est de même pour l’usage des services privés (banques assurances, voyages, services à la personnes, etc…). Il serait probablement possible de complètement exclure cette catégories des besoins de base. Nous en conservons 15% pour la prise en compte des besoins minimum de communication, de services etc…
7 En France 39% des l’usages de véhicules sont liés aux déplacements professionnels. Mais un parcours sur 2 fait moins de 5 km. En réalité, moins de 15% des trajets sont effectués pour se rendre au travail et non substituable par un transport doux.
11 La répartition des services publiques est peu aisée en l’absence de données détaillées.

Les dépenses de santé sont assimilables à des besoins physiologiques ou de sécurité. Il en va de même pour une partie des dépenses de police et militaires (sécurité) ou d’enseignement.

Les dépenses d’enseignement répondent aussi à des besoins d’appartenance groupale ou de hiérarchie sociale.

12 Sur la base de 22m2 d’habitat par personne, réduction des besoins d’énergie au prorata. Économie de 10% en chauffage en respectant les préconisations de températures.

Il serait en outre possible de réduire notre consommation des usages spécifiques de l’énergie (fer à repasser , taille des écrans..etc…)

Le non-achat de produits suremballés réduira notre poubelle, et donc son traitement.

13 Quote part du neuf correspondant à la construction de 5.3 millions de m2 sur base de 22m2/pers et d’un accroissement de 240 000 pers/an

Quote part entretien-rénovation Sur la base du besoin de rénovation thermique de l’habitat.

14 Réduction opérée sur la base d’une économie circulaire sobre. Basé sur la réutilisation des objets.

Le résultat : Une pyramide à l’envers !

 

Progressivité de nos émissions

Ce classement, pris comme une catégorisation des motivations, fournit une grille de répartition de nos actes de consommation, en fonction des motivations sous-jacentes.

30% de notre empreinte est effectivement liée à la satisfaction des besoins physiologiques et de sécurité. Il serait certainement possible de réduire ces 30% à 15%, via des boucles de rétroaction positives. par exemple, si nous consommons moins de viandes, nous pouvons dégager des surface agricole pour produire de l’énergie verte.

D’abord, une agriculture qui produirait moins de viande, pourrait produire de l’énergie. Ensuite une société sobre engendre des services sobres. donc moins carbonés.

Ce classement permet aussi de mettre en lumière les ressorts derrière notre consommation et nos émissions de GES. Nos actes de consommation, comme nos actes de vie sont avant tout des marqueurs sociaux.

L’idée de catégoriser les dépenses en fonction des motivations de celle ci est aussi un outil de prise de conscience et de recul.

Dans un contexte de réduction de nos émissions de GES, répartir l’empreinte carbone selon des catégories de dépense, en “hiérarchisant” les dépenses selon une grille allant de la simple satisfaction des besoins physiologiques, jusqu’aux dépenses visant la satisfaction d’agrément personnel, permet une prise lucidité sur notre empreinte carbone.

Cette approche est d’ailleurs complémentaire d’une autre approche : l’aspect “démocratique” de l’acte de consommation. Cet acte est-il à la portée de toute les bourses ? ou au contraire est-il un marqueur de statut social ?

Ce travail ouvre des perspectives pour penser une société sobre en carbone. A défaut de trouver des alternatives énergétiques aux fossiles, cela peut donc passer par une remise en cause de nos marqueurs de hiérarchie sociale. Les moteurs véritables de la société de consommation.

Ce travail laisse aussi entrevoir les inégalités marquantes en terme d’empreinte carbone, selon le statut social des personnes…..

Références

[1] Empreinte carbone; data.gouv.fr; consulté le 30/210/2018.

[2] Motivation – La pyramide des besoins selon Maslow; alain.battandier.free.fr; Consulté le 30/10/2018.

[4] “Motivation – La théorie des 2 facteurs de Herzberg”; alain.battandier.free.fr; consulté le 27/10/2018.

[5] Les vacances ? Avant tout un marqueur de statut social. S. Hobian; leplus.nouvelobs.com; Consulté le 30/10/2018.

[6] La voiture reste un marqueur fort du statut social; lagazette-mag.io; Consulté le 31/10/2018.

 

Share Button

8 thoughts on - Toute nos emissions de carbone se valent-elles ?

Laisser un commentaire