Coquelicots raisonnés ?

  Agriculture, Opinions

Pourquoi je ne signerai pas l’appel de M. Nicolino.

L’appel de Fabrice Nicolino, demande :

“ l’interdiction de tous les pesticides (* de synthèse) en France”.

Quand j’étais enfant, avant la généralisation des herbicides, j’ai arraché dans les champs de blé de la folle avoine, des coquelicots et des bleuets…..

Cette anecdote à part, je ne suis pas d’accord parce que plusieurs présupposés sont faux dans cet appel. Il est imprégné d’une philosophie où le naturel est déifié, forcément “sain”.

Il y a une différence énorme entre réguler les usages des produits pouvant être dangereux et tout interdire.

Dans cet article, Je préciserai d’abord ce que l’on devrait attendre de l’agriculture de demain, dans le contexte du changement climatique et de la sortie des énergies fossiles. Ensuite, nous analyserons les présupposés faux derrière cet appel, avant de proposer une action plus nuancée, et prenant en compte une vision plus globale.

L’agriculture de demain: au delà d’une opposition duale

L’avenir de l’humanité passe par un un retrait des énergies fossiles. Ce retrait passe par une baisse de la consommation, et un usage raisonné des technologies. Dans cet usage raisonné, la chimie à toute sa place. En médecine d’une part, en protection des cultures d’autres part. Cela ne veut pas dire utiliser tout dans n’importe quelle condition.

L’agriculture est un domaine crucial pour la survie de l’humanité. Les produits phytosanitaires sauvent des récoltes. Leur usage doit être encadré, mais pour l’avenir de l’humanité, il serait contre productif de tout interdire en bloc.

L’agriculture de demain devra répondre à quatre défis :

  • Nourrir la population,
  • S’adapter au changement climatique (eau, températures, maladies et ravageurs),
  • Participer au stockage de carbone dans les sols (agriculture de conservation),
  • Participer à la production d’énergie renouvelable (méthanisation, pyrogazéification, éthanol de 3eme génération, etc…).

Ces quatre défis ne pourront pas être relevés en agissant selon des idées préconçues.

Le premier groupe d’idées préconçues est celui qui consiste à croire que l’agriculture conventionnelle pourra continuer demain avec les pratiques d’hier. Une agriculture dépendante des énergies fossiles n’est pas durable. Une agriculture ayant des impacts négatifs sur la biodiversité n’est pas durable.

Le second groupe d’idées préconçues rassemble celles qui rejettent en bloc les progrès accomplis en agriculture au cours du dernier demi-siècle. Le principe qui consiste à rejeter dans le même sac tous les produits de synthèse sans exception. Et surtout sans réflexion.

Ceux qui font l’amalgame entre les manoeuvres de lobbyistes, mercenaires d’une logique mercantile, et des faits scientifiques malgré tout étayés. Les “Monsanto papers” prouvent la malhonnêteté et les manoeuvres de Monsanto, qui concerne les juges. La probité de Monsanto est une chose, la dangerosité du Glyphosate une autre. Le caractère cancérogène du glyphosate, est une affaire de scientifique. Et le consensus ne pointe pas dans ce sens.

Si il est pertinent de demander des comptes sur la présence de résidus chimiques dans l’alimentation, il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas si longtemps les intoxications alimentaires étaient dues à des maladies des plantes, tel l’ergotisme (le mal des ardents), En 2016, 25% des céréales mondiales présentaient des contaminations aux mycotoxines [1], dont certaines sont cancérogènes[2]. Autrefois Les périodes de disettes étaient causées par les ravageurs ou les maladies des plantes (la famine de 1845 en Irlande est due au Mildiou).

L’agriculture de demain privilégiera les approches systémiques pour le contrôle des maladies, ravageurs et adventices. La rotation des cultures en est la clé de voûte. Le semis sous couvert et les associations culturales, feront partie des méthodes. L’usage des produits phytosanitaires devra devenir parcimonieux et restreint.

Mais penser que l’agriculture de demain devra se passer de ces produits juste parce qu’une idéologie fondamentalement anti-scientifique manipule l’opinion est dangereux.

Aujourd’hui la production céréalière biologique présente des rendements de 40 à 50% plus faibles[3] [4] que l’agriculture conventionnelle. En dépit de pratiques agronomiques parfois meilleures, comme le respect des rotations.

Interdire tous les produits phytosanitaires parce que certains ont des effets négatifs, relève du même niveau d’amalgame que d’interdire tous les médicaments parce que certains se sont révélés avoir des effets secondaires.

Cet appel est avant tout idéologique comme le démontre le petit astérisque qui renvoie à la précision “de synthèse”. Parce que dans l’idéologie de M. Nicolino, “les produits naturels sont forcément inoffensifs, bons et sains”. Et les produits de synthèse forcément nocifs.

il faut Interdire les produits dont l’usage est dangereux (cancérogènes, polluants persistants), ou avec des impacts importants sur le climat et la biodiversité, quand les faits sont reconnus par le consensus scientifique. Oui, Bien sûr.

Mais la dichotomie chimique/naturel, n’a aucun sens.

Les présupposés faux

L’opposition synthèse/naturel.

Un produit bio serait il forcément au dessus de tout soupçon ? Cela part du présupposé que seuls les produits de synthèse auraient des effets négatifs sur la santé et sur les écosystèmes. Qu’un produit, ou une méthode naturelle serait sans danger.

Il n’y a pas de différence fondamentale entre une molécule d’origine naturelle ou de synthèse. Il faut regarder les impacts de la production et de l’usage de chaque molécule.

Les pesticides “bio” ne sont pas anodins : Prenons deux exemples.

La bouillie bordelaise

La bouillie bordelaise est un mélange de sulfate de cuivre hydraté (CuSO4,5H2O), et de chaux éteinte (Ca(OH)2).

La bouillie bordelaise est appliquée massivement sur les surfaces viticoles et les vergers biologiques.
Le cuivre qu’elle contient n’est pas biodégradable. C’est un élément métallique. Il s’accumule dans le sol. Selon l’INRA, un sol agricole non pollué ne contient que rarement plus de 45 mg/kg de cuivre. Les sols contaminés par la bouillie bordelaise, présentent des concentrations moyennes au dessus de 200 mg/kg et dépassent parfois les 500 mg/kg[5]. L’étude indique : “Chaque application de bouillie bordelaise apporte durablement entre 3 et 5 kg/ha de cuivre métal dans les sols viticoles champenois (Brun et al., 1998). Cela correspond à une augmentation de 1mg/kg à chaque application.
Une synthèse de la contamination des sols viticoles a été réalisée[6] par Laetitia Anatole Monnier.

Ces concentrations sont phytotoxiques et perturbent la croissance végétale. Mais elles sont aussi toxiques pour la flore microbienne ainsi que la faune du sol. Cette utilisation de cuivre est aussi toxique pour la faune et la flore aquatique.
De plus de nombreuses préparations commerciales comportent des adjuvants similaires à ceux utilisés dans les préparations avec des matières actives de synthèse.

L’usage de ces produits n’est pas sans risque pour les agriculteurs. Une surexposition chronique peut entraîner des accumulations dans le foie et les reins, selon la base de données agritox de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Une surexposition aiguë peut aussi entraîner des irritations oculaires[7]. La chambre d’agriculture d’occitanie évoque des intoxications fréquentes[8], les conjonctivites représentant 24% des symptômes.

En 2014, un épandage de sulfate de cuivre près d’une école conduit à l’intoxication de 23 enfants[9].

L’utilisation de sulfate de cuivre a progressé de 74% de 2008 à 2016 pour atteindre 13 544 tonnes/an[10]…. Ce produit, qui a déjà bénéficié d’un délai de dérogation supplémentaire est en cours de renouvellement d’homologation pour janvier 2019.

Libération cite Françoise Weber[11], directrice générale déléguée aux produits réglementés à l’Anses dans un article du 29 août 2018: “L’Anses a participé à l’évaluation de l’EFSA de décembre 2017. Nous ne pouvons pas, à ce stade et aux doses proposées, conclure à l’absence de risque inacceptable. Il reste des préoccupations pour les oiseaux, les mammifères, les micro-organismes du sol, les consommateurs et les travailleurs».

Manque-t-il un clou à ce cercueil ?

Le pyrèthre

Le “pyrèthre” (un mélanges de six esters, les pyréthrines) est un insecticide utilisé en agriculture biologique.

Il est présent dans des spécialités comme le “Pyrévert” et la dose d’emploi préconisée par passage est de 30 g/ha [12]. L’agriculture biologique accepte 3 passages par culture !

Le pyrèthrines sont un mélange de molécules extraites d’une plante, la pyrèthre de dalmatie (Tanacetum cinerariifolium). Cette plante fait l’objet d’une culture intensive sur les hauts plateaux africains. La Tanzanie est le premier producteur mondial avec 5781 Tonnes de fleurs récoltées en 2016. Cela représente 86.7 tonnes d’extrait actif. Le rendement en fleur est de l’ordre de 500 kg/ha/an, et le rendement en extrait insecticides est de l’ordre de 1.5%[13], soit 7.5 kg/ha/an.image

 

Cette production se fait avec des méthodes d’agriculture conventionnelle.
La plante nécessite un apport d’engrais chimique complet à son implantation. L’office Kényan d’agriculture recommande un apport de 200 kg/ha de superphosphate triple[14].
Ce joli chrysanthème est aussi une plante fragile. Les semis sont traités au Dithane M45 de syngenta, pour protéger la plante des maladies, et au Metasystox[15], pour protéger les semences des insectes… Pas Bio du tout.

La consommation d’insecticides en France était de 1283 Tonnes par an en 2013 (contre 3103 Tonnes/an en 2000).
La substitution de ces produits par des pyréthrine nécessiterait la culture de 171 000 ha de pyrèthre !

Quel est le bilan carbone exact de cette substance ? L’impact sur la biodiversité locale ?
Le pyrèthre de dalmatie n’est pas une plante sympathique. Elle est allergisante[16]. Outre, des pyréthrines obtenues par distillation, la plante contient aussi des sesquiterpènes lactones responsables d’allergie[17]

Le pyrèthre est “Bio”, parce que issu d’une plante. Est ce suffisant pour fermer les yeux sur les surface que cela représente au détriment de cultures vivrières ?

Faut-il préciser, que l’étiquette “bio” ne suffit pas à rendre ce produit inoffensif pour les abeilles ? réponse : non. Ce produit est dangereux pour les abeilles[18].

Il existe une alternative…. De synthèse.

La perméthrine est un ester pyréthrinoïde. Ce produit a été classé par l’OMS comme une substance indispensable à l’avenir de l’humanité[19] . Il y a aussi la Deltaméthrine dont la biodégradabilité et les effets sur la santé sont identiques aux pyréthrines extraites de plantes[20].

Enfin Si la synthèse chimique de molécules émet en moyenne 6 kg CO2 eq/Kg de produit; le transport par avion depuis la tanzanie (7200 km) représente à lui seul 18 kg de CO2/kg.

Les effets sur la santé des pesticides.

Les études AGRICAN en France et AHS aux USA ne montrent pas de surmortalité des agriculteurs par cancer. C’est même le contraire. La mortalité par cancer est plus faible chez les agriculteurs[21]. 30% de moins chez les hommes, 24% de moins chez les femmes.
Les seuls cancers significativement plus fréquents chez les agriculteurs sont le mélanome et le cancer des lèvres. Ce phénomène se retrouve aussi chez les marins-pêcheurs. Ces deux cancers sont connus pour être provoqués par une exposition au soleil. il existe aussi des incertitudes sur certains autres cancers comme le myélome multiple.

Les études de cohortes ne mettent pas en évidence de surincidence des cancers chez les agriculteurs, mais cela ne doit pas masquer un certain nombre de cas emblématiques :

L’usage aux antilles du Chlordécone a été prolongé par les autorités françaises jusqu’en 1993, alors que le caractère cancérogène était connu depuis les années 1970, avec un consensus établi par l’OMS en 1979[22]. Il ne ‘agit pas là d’un manque d’information scientifique. C’était une absence de prise en compte de la science par l’état français.
Il y a aussi des exemples de contaminations accidentelles. Tel est le cas de Paul François, contaminé par de l’Alachlore[23]….

L’incidence sur la santé des produits phytosanitaires concerne indifféremment les produits homologués bio ou de synthèse. L’occurrence de la maladie de parkinson est reliée à deux pesticides aujourd’hui retirés de la vente. L’un de synthèse, le paraquat, l’autre “Bio”, la roténone, selon l’étude AGRICAN[24]. Si le paraquat n’a jamais été en vente libre pour le grand public, cela n’était pas le cas des roténones, dont le statut de produit “naturel=inoffensif” a pu tromper bien des consommateurs…

Là encore une preuve que la dichotomie synthèse/naturel est illusoire.

Enfin, si l’on devait comparer les décès imputables à l’usage des produits phytosanitaires, à ceux imputables à la voiture, qui eux représentent 3500 morts directes par an, auxquels s’ajoutent probablement 40 000 décès prématurés imputables aux particules fines des diesels et des essences[25], Nous devrions immédiatement demander l’interdiction de toute circulation automobile !

Les pesticides détruisent tout ce qui est vivant ?

Il y a une érosion de la biodiversité en europe, et dans le monde.

Peut-on imputer Celle-ci exclusivement à l’usage de pesticides agricoles ? à priori, personne n’a cette audace.

La biodiversité est mise en danger par différents facteurs :

  • En premier l’urbanisation, et l’artificialisation des sols. La france perd l’équivalent d’un département tous les 7 ans de terres agricoles,
  • La surexploitation des espèces (la pêche…),
  • la pollution (pas forcément celle des pesticides),
  • La présence d’espèces invasives,
  • Les effets du changement climatique. (le nombre de jour de gel est en diminution en moyenne de 2.5 par décennie).

En France, l’érosion de la biodiversité est palpable au travers d’un certain nombre d’indicateurs .

Un étude Allemande publiée en 2017, fait état d’un recul des populations d’insectes[26]. Les entomologistes estiment le nombre que le nombre de papillon à bel et bien était divisé par deux[27].

L’agriculture est bien évidemment impliquée dans ce phénomène. Mais faut-il résumer l’érosion de la biodiversité à une cause unique? Désigner un bouc émissaire bien repoussant comme les pesticides ?

Aujourd’hui aucune étude ne permet d’affirmer que les pesticides soient les seuls responsables, et surtout qu’ils seraient le premier facteur influent. D’autres facteurs sont aussi à étudier.

Changement de paysages

D’abord la littérature mentionne souvent les changements de pratiques agricoles, indépendamment de l’usage de pesticides.

La monoculture en zone céréalière, la disparition des haies ou de zones non cultivées paraissent être des causes sérieuses. Quand on sait que sur le plateau du Larzac les papillons se réfugient sur le camp militaire pour échapper au surpâturage des moutons[28], peut on incriminer les pesticides ? De même, le changement de pratiques agricoles avec l’abandon de l’élevage dans certaines régions comme le Poitou, n’est certainement pas un facteur favorisant. Les pâtures sont un lieu d’accueil de l’entomofaune. Un nid d’alouettes se trouve plus souvent sur les zones en herbes que sur les terres en culture. Et les bouses de vaches sont aussi des viviers d’insectes et de larves.

Ensuite, le morcellement des zones rurales et l’artificialisation de nombreuses zones est aussi à suspecter. L’habitat en lotissement est un drame pour le climat. Il l’est peut être aussi pour la biodiversité (6000 km2 artificialisés par décennie[29]) ?

les Particules fines aux HAP sont-elles bonnes pour les insectes ?

Les particules fines sont un polluant qui n’est jamais mis en cause dans la disparition des insectes. Pourtant des laboratoires[30] utilisent les abeilles pour échantillonner la pollution par les particules fines. Les HAP (hydrocarbure polycyclique aromatique), dont l’origine provient pour 59% du secteur résidentiel-tertiaire, et 25% de la circulation automobile[31] sont présents dans l’atmosphère principalement sous forme de particules fines. Les abeilles sont des aspirateurs de particules[32].

Il est raisonnable de suspecter les phytosanitaires, mais est il sérieux de ne pas évoquer la pollution automobile ?
Et quand une étude Allemande évoque 75% de diminution de biomasse en insectes, dans ce pays de l’électricité au charbon, comment ne pas se poser de question légitime sur les émissions de particules fines, HAP et autres polluants issus de la combustion fossile ?

Un étude conduite dans la région Rhône-Alpes en 2013[33], met en évidence un impact au moins aussi important sur les abeilles des polluants atmosphériques non agricoles, que des pesticides.

Les HAP se retrouvent fréquemment dans les ruches et le miel. La plupart sont classés cancérogènes certains ou probables (CIRC 1 et 2A 2B).

La même étude mentionne également des traces de pesticides mesurés sur un effectif plus important de ruches, jusqu’à 197 microgrammes/kg de cire, quand les concentrations de HAP montent jusqu’à 900 microgrammes/kg. De nombreuses études attestent au niveau international, la présence dans les ruches de HAP en quantités très variables ainsi que de métaux lourds[34] [35] . Dans la plupart des cas, ces mesures ne rendent pas les miels impropres à la commercialisation, mais elles devraient être considérées comme un risque pour la vie des insectes.

Ces études ne mettent pas hors de cause les insecticides agricoles. Par contre elles soulignent l’intérêt de ne pas en faire un bouc émissaire, éclipsant les autres causes. Ce qui ne permet pas d’agir aussi sur toutes les pistes.

Le Changement climatique est-il bon pour nos insectes ?

Enfin, le changement climatique est déjà en cours. Si les dates de vendanges sont de plus en plus précoces, peut on imaginer que les autres rythmes de la nature ne soient pas aussi bouleversés ? Peut on croire que l’échelonnement des floraisons des espèces sauvages n’est pas lui aussi avancé? que ce serait sans conséquences sur les populations d’insectes?
Que les hivers doux ne favorisent pas le réveil précoce des ruches conduisant celles ci à mourir de faim ?

Bernard Nicollet, apiculteur semble évoquer cette cause pour la surmortalité de l’hiver 2017-2018[36]. D’ailleurs il évoque aussi une surmortalité en zone de montagne, là où les pesticides agricoles sont pourtant hors de cause.

Alors oui, suspecter les pesticides d’avoir un impact sur les écosystèmes relève, en l’état actuel de nos connaissances, du doute raisonnable. Mais utiliser cet argument pour ignorer les autres causes probables, le changement climatique, la pollution liée à la combustion des énergies fossiles devient de l’obscurantisme.

Une vision de l’agriculture inadaptée au défi climatique

La vision de l’agriculture de M. Nicolino est celle de son ami de 25 ans Pierre Rabhi, promoteur de la biodynamie. Cette doctrine agricole issue de l’anthroposophie relève du charlatanisme. Si la liberté de pensée vaut en en matière de philosophie, dans les domaines scientifiques et techniques, la connaissance se fonde sur la preuve.
Cette vision est complétée par celle de M François Veillerette, de Génération future. Cette “ONG”, dont “l’indépendance” est financée par les supermarchés Biocoop.

Je fais parti des gens qui en appelle à une agriculture qui prend en compte les constats scientifiques, et des choix basés sur des preuves.

un appel à la nuance

Je ne signerai donc pas cet appel à sauver les coquelicots. Ces fleurs belles et délicates, mais nuisibles aux récoltes.

Je suis favorable à un encadrement permettant la réduction des consommations. Pas une interdiction.
Je suis aussi favorable à une vrai recherche sur les causes multiples de fragilisation de la biodiversité.

Je suis favorable à des choix politiques clairs en terme de priorité écologique. Le climat est notre enjeu numéro 1. L’agriculture devra s’adapter à ce changement et aussi faire partie des solutions. Cette agriculture ne peut pas être basée sur des postulats dogmatiques. Elle se doit d’être scientifique.

Retirer un certain nombre de matières actives nuisibles de la circulation est évidemment nécessaire. Cela est d’ailleurs déjà le cas. Des molécules sont retirées de la commercialisation tous les ans. Mais ces retraits doivent aussi concerner l’agriculture biologique. Comment expliquera-t-on le renouvellement d’homologation de la bouillie bordelaise, autrement que par des actions de lobbying qui n’ont rien à envier à celle de Monsanto ?

Une autre question essentielle : Que fera t-on quand nous aurons interdit tous les pesticides de synthèse sans distinction, et que malgré tout, les insectes continueront à disparaître ?

Se donner les moyens de l’évaluation

Il est à ce sujet dommage que les états, et l’Europe ne se soient pas emparés du sujet, pour disposer de moyens d’évaluation indépendants. On reproche à l’agrochimie de fournir aux agences sanitaires les études et dossiers d’évaluation. Mais cela est la conséquence du non investissement dans des moyens publics d’évaluation. Ce schéma pernicieux est valable pour l’agriculture conventionnelle, comme pour l’agriculture biologique.

Mon souhait serait une Europe capable d’évaluer les produits phytosanitaires (qu’il soit biologique ou de synthèse) et de statuer sur leur utilisation dans une agriculture du future, qui ne serait plus ni conventionnelle, ni basée sur des présupposés comme c’est le cas de l’agriculture biologique. Une évaluation basée sur une balance des risques.

L’agriculture de demain aura besoin de tous les atouts, et l’écosystème planétaire ne nous permet plus d’erreur.

Évaluons scientifiquement chaque alternative. Évaluons aussi les réelles causes de déclins des insectes et des oiseaux. Les pesticides ont une tête de coupable idéal (ils le sont peut-être). D’autant plus idéale que les interdire ne semble pas très engageant pour les populations non-agricoles, alors que de se poser de vraies questions sur l’ensemble des facteurs responsables d’atteintes à notre éco-système remettra vraiment en cause notre mode de vie.

Référence

[3] Variétés et rendements biologiques Récolte 2015; www.franceagrimer.fr; Consulté le 15/09/2018.

[8] La réduction des doses de cuivre : une nécessité pour l’oléiculture de demain; occitanie.chambre-agriculture.fr; consulté le 15/09/2018.

[10] Utilisation des produits phytopharmaceutiques; igas.gouv.fr; consulté le 15/09/2018.

[16]Hypersensitivity pneumonitis due to pyrethrum. Report of a case; Carlson; 1977.

[18] https://ephy.anses.fr/ppp/pyrevert; Consulté le 17/09/2018.

[20] Toxic Substances Portal – Pyrethrins and Pyrethroids; atsdr.cdc.gov;  consulté le 21/09/2018.

[22] Après l’amiante ou le sang contaminé, le scandale du chlordécone; liberation.fr; Olivier Serva 26/07/2018; Consulté le 17/09/2018.

[23] Paul François : ce paysan qui défie Monsanto; Leparisien.fr; consulté le 17/09/2018.

[25] Pollution: 48.000 morts par an en France;  sante.lefigaro.fr; consulté le 18/09/2018.

[29] Artificialisation des sols; statistiques.developpement-durable.gouv.fr ; consulté le 15/09/2018.

[31] La pollution de l’air par les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP); statistiques.developpement-durable.gouv.fr; consulté le 15/09/2018.

[33] Exposition des abeilles aux polluants atmosphériques; .atmo-auvergnerhonealpes.fr; consulté le 15/09/2018.

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23 thoughts on - Coquelicots raisonnés ?

  • bonjour,
    merci pour cette synthèse qui montre que l’on doit s’abstenir d’une vision manichéiste en la matière.. Sujet particulièrement chargé émotionnellement, d’où la surdité -relative- des instances politiques et l’essor des mouvements tels “les coquelicots”.
    Je me servirai volontiers de votre article comme base argumentative, sous les articles évoquant le sujet sur les réseaux sociaux, en effet je m’intéresse bcp à ce thème mais je n’ai pas la formation universitaire idoine 🙂
    Juste une remarque (détail) : AUdace, pas odace 🙂

  • Merci de rappeler que se faire une opinion demande un effort exigeant, bien plus que brandir un slogan facile.
    Aujourd’hui la surface disponible pour la production agricole représente de l’ordre de 3% de la surface du globe (American Farmland Trust), cette surface ne va aller qu’en diminuant. Hauts les coeurs.

  • Merci de rappeler que se faire une opinion demande un effort exigeant, bien plus que brandir un slogan facile.
    Aujourd’hui la surface disponible pour la production agricole représente de l’ordre de 3% de la surface du globe (American Farmland Trust), cette surface ne va aller qu’en diminuant. Hauts les coeurs.

  • Il manque l’essentiel de ce qui caractérise l’agriculture biologique dans votre démonstration par ailleurs bien documentée. C’est fondamental pour redonner aux plantes et aux animaux d’élevage l’efficacité de leur défenses naturelles. On ne nourrit pas la plante directement en ignorant, voire détruisant le vie du sol mais on la favorise, on nourrit le sol qui nourrira la plante. Elles seront beaucoup plus résistantes et auront rarement besoin de pesticides, voire plus du tout si en même temps on respecte l’écosystème local qui comporte les ennemis naturels des ravageurs.
    On jette aujourd’hui 40% de la production alimentaire entre le champ et l’assiette. Pourquoi empoisonner la nature pour gagner 40€ de rendement ? Votre référence à la science est gonflant quand on pense que l’état des lieux de la planète résulte entièrement de choix imposés par des chercheurs dont la constante est d’avoir ignoré la nature. Merci pour votre réponse. Alain Duez.

    • Bonjour Alain Duez,
      Je vous rejoins sur l’idée de favoriser la vie du sol. Cela passe notamment par des rotations, des couverts végétaux et des apports de matières organiques.
      Dire que cela suffit à éviter les maladies des plantes, les ravageurs, ou la concurrence de plante adventices, Cela ne parait pas le cas.

      Ensuite, la science, c’est la connaissance. D’un coté, son usage est parfois mal orienté, et au détriment des écosystèmes. D’un autre coté la science permet la lucidité sur les problèmes planétaires et donc d’envisager les actions correctives.
      L’usage de la science dépend des choix de société, et de nos contradictions: Peut on déplorer le changement climatique et voyager en avion ?

      Enfin la connaissance des écosystèmes, c’est justement de la science. Et les chercheurs n’ignorent pas le monde vivant (ce que vous désignez “la nature”), c’est leur objet d’étude…
      Cordialement

    • Bonjour,
      Lorsque l’on observe l’état physique,les matières organiques, la vie microbienne et les champignons dans un sol en agriculture biologique et en conventionnel, il y à peu de différences.
      Il ressort des études effectuées, que la dégradation des sols est principalement causé par la mécanisation.
      Mécanisation d’autant plus développé en agriculture biologique, car c’est la seul moyen de lutte contre les adventices.
      Le système de culture qui permet la régénération des sols, le développement de la vie microbienne et fongique, la hausse du taux de matière organique et la séquestration du carbone est la technique du semis directe sous couvert végétal.
      Cette technique prône le non travail du sol (ou très réduit), la couverture permanente des sols, et notamment lors des intercultures par des couverts végétaux.
      L’avenir de cette technique est mise à mal par la prochaine interdiction du glyphosate.

  • Felicitations. Il est d’une importance fondamentale d’aider les jeunes générations et aussi les moins jeunes à se former une opinion juste sur ces questions complexes et donc une opinion étayée par des faits et tenant compte des acquis de la science.. Votre article meriterait d’être repris in extinso dans les colonnes de Libé ou du Monde mais ce ne sera pas le cas malheureusement. A chacun de nous d’aider à en faire une large diffusion.

    Un petit détail: le recul des milieux ouverts du fait de la déprise agricole et pastorale dans nos moyennes montagnes est aussi un facteur important de perte de biodiversité.

  • Toutes mes félicitations pour cet article solidement charpenté, argumenté et sourcé. Et meilleurs vœux pour la suite.

    Une petite remarque :

    “Il y a aussi des exemples de contaminations accidentelles. Tel est le cas de Paul François, contaminé par de l’Alachlore”

    M . Paul François (et les experts) a mis en cause non pas l’alachlore, mais une forme de benzène (ce qui lui permettait de “tomber” dans un des tableaux de maladies professionnelles). Il y a toujours du benzène dans l’essence, et vous en prenez aussi quelques belles bouffées quand vous allez à la pompe ou que vous travaillez ou vivez près d’une station d’essence ou d’une route très fréquentées (par les imbrûlés). Cela apporte de l’eau au moulin de votre thèse : non, les choses ne sont pas simples.

  • Bonjour, excellent article, cependant l’intoxication de l’école primaire n’était pas due au sulfate de cuivre mais au mancozebe, ce qui n’enlève rien à la nocivité du cuivre mais il est préférable d’utiliser des faits.

    Cordialement

    PS: Même si la source est biaisée (la CP n’étant pas les plus fiables pour la vérité agronomique) les sources que eux donnent m’ont l’air solides.
    http://gironde.confederationpaysanne.fr/rp_article.php?id=4431&PHPSESSID=8s8ka7g8r88tieiko2kl9g8q11

  • Bravo pour cette synthèse, que je pourrais signer des 2 mains (dès aujourd’hui). En tant qu’ingénieur agronome avec un peu d’expérience, j’en partage le contenu depuis longtemps. La complexité du vivant rend absurde l’idée qu’il faut se ranger derrière des totems pour sauver la planète. Réfléchissons sans a priori avec les données concrètes dont nous disposons, soyons capables de modifier nos points de vue lorsque ces données évoluent, et avec cela faisons les choix les moins mauvais, c’est-à-dire avec un bénéfice supérieur au risque.

  • Bonjour,

    Vous avez raison de mettre un caveat sur la fiabilité des “informations” de la Conf’.

    Elle a réussi l’exploit d’occulter le fait que, ce jour là, deux châteaux traitaient leurs parcelles voisines de l’école, l’un avec de lEperon et du Pepper (mancozèbe + métalaxyl et spiroxamine) et l’autre avec de l’héliocuivre et de l’héliosoufre. On peut même si fier, pour ce point, à “Justice Pesticides”, la création de Mme Corinne Lepage :

    https://www.justicepesticides.org/juridic_case/sepanso-et-generations-futures-contre-remy-castel-et-chateau-de-barbe/

    Ce deuxième traitement est autorisé en bio et le château en question est certifié bio. L’affaire est retournée devant le tribunal correctionnel à la suite d’un non-lieu suivi d’un appel de Générations Futures et SEPANSO.

    Je n’aime pas commenter les affaires en cours, mais le soufre est loin d’être anodin. Des journaux locaux ont rapporté les propos d’un parent travailleur de la vigne qui avait dit que sa fille “sentait le sulfate”… ce qui renvoie au traitement “bio”… au moins pour l’odeur.

    Quant à la “note de synthèse” de l’ARS, on peut s’étonner de bien des choses. C’est un document interne, non daté et non signé. Il omet la référence au deuxième traitement (bio). Les produits phytosanitaires chimiques sont “secondairement identifiés” (en fait, il suffisait de demander au château en cause). La “note de synthèse” se borne à un post hoc, propter hoc.

    On peut aussi se demander — en fait on doit — comment ce document est parvenu à Cash Investigation.

    La Conf’ se gardant bien de publier la suite de la note : “…en tout état de cause aucun lien de causalité ne peut être objectivé à ce jour”.

    Pour en revenir à l’article ci-dessus, dont je partage les opinions et conclusions, il y a gros problème d’honnêteté intellectuelle — et d’honnêteté tout court — quand on fait campagne contre tous les pesticides* (l’astérisque renvoyant à “de synthèse” — cela a été modifié depuis) quand on sait que des produits utilisables en bio (et en conventionnel) sont bien plus dangereux pour la santé et l’environnement que les pesticides que cette opération entend combattre.

    Personnellement,

    Le communiqué de la Conf’ occulte l’existence du traitement bio, qui est sans nul doute la cause des désagréments et plus des enfants (pour le malaise de la maîtresse, il y a peut-être eu simulation). Des journaux locaux ont rapporté les propos d’un parent travailleur de la vigne qui avait dit que sa fille “sentait le sulfate”… ce qui renvoie au traitement “bio”. Et le soufre n’est pas anodin.

  • Bonjour,
    merci pour votre article, il est très intéressant et je pense qu’il comporte beaucoup de vérités (même si mes connaissances sur le sujet sont trop faibles pour les valider).
    Je pense sincèrement que vous devriez rejoindre le mouvement des coquelicots, non pas pour signer un manifeste qui ne vous correspond pas mais plutôt pour redresser la barre de ce mouvement.
    Il est tard, je pense que nous n’avons pas tant de temps que ça et si à chaque mouvement « populaire », on s’arrête car il y a des incohérences ou des conneries ou des politiques (ou lobby) qui veulent récupérer le sujet, les français (humains ?) ne suivront plus.
    Certains insecticides naturels sont très polluants ? Je suis sûr que 99% des signataires sont pour qu’ils soient aussi interdits.
    Les insecticides ne sont pas la seule source de la destruction de la bio-diversité ? Élargissons le périmètre du mouvement !
    Les paysans ne doivent pas être désignés bouc-émissaire ? C’est évident ! Et trouvons un moyen d’aller les voir en leur proposant des solutions qui soient viables pour eux plutôt qu’en les montrant du doigt.
    Pour tous ces points et beaucoup d’autres auxquels je ne pense pas, il faut que dans ces mouvements « populaires » qui se montent il y est des sachants, des poils à gratter, des contradicteurs : si il n’y a que des moutons, cela ne donnera rien.
    Au plaisir de vous lire,

  • Vous écrivez ““Chaque application de bouillie bordelaise apporte durablement entre 3 et 5 kg/ha de cuivre métal dans les sols viticoles champenois (Brun et al., 1998) » Selon cette affirmation 1 ou 2 traitements apportent la quantité maximale de cuivre dans la parcelle. Mais il est très difficile préserver la vigne de la peronospora avec 1 ou deux traitements de sulfate de cuivre. En Italie, ou je vive, cette année on en a fait jusqu’a 15 dans la saison

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